L'Intelligence artificielle, un axe stratégique

Un patrimoine numérique faisant de la BnF un acteur incontournable de la donnée culturelle

Intelligence artificielle - 2021 - Illustrations : C.Ardenti et L.Giocanti - 2021

Depuis trois décennies, la BnF est engagée dans la constitution et la sauvegarde pérenne d’un patrimoine numérique souverain. Depuis la création de Gallica en 1997, plus de 11 millions de documents, issus de ses collections patrimoniales et de celles de ses plus de 300 partenaires ont été numérisés et mis en ligne.

La massification de la numérisation a été combinée avec une politique d’océrisation et de structuration des documents, avec pour résultat un réservoir exploitable de près de 7 pétaoctets (Po) de données. Ce réservoir, unique par sa profondeur historique et la diversité de ses contenus, contient 500 milliards de mots océrisés, en croissance de 7 milliards de mots par an. Ces données sont enrichies de métadonnées beaucoup plus développées que celles du secteur commercial et pleinement certifiées, sourcées et sûres juridiquement

 

Pour garantir la préservation de ces ressources, la BnF s’appuie depuis 2010 sur SPAR, une infrastructure de stockage pérenne développée en interne qui assure sa souveraineté technologique. Ces données sont traitées par la BnF comme des collections à part entière et propose des services dédiés pour la diffusion : le site data.bnf.fr depuis 2011 pour la mise à disposition de métadonnées sémantisées, des interfaces de programmation d’application (API) Gallica depuis 2017, un DataLab sur le site François Mitterrand depuis 2021 pour les publics académiques, devenu un point de référence pour les demandes d’expertise et de mise à disposition de jeux de données en soutien à des projets de recherche et, depuis 2025, Data IA, une offre de services dédiée de fourniture de données aux acteurs industriels.

Une feuille de route IA pour porter une vision stratégique

En 2021, la BnF s’est dotée d’une feuille de route dédiée à l’IA, proposant une vision stratégique à cinq ans. Cette feuille de route identifie cinq domaines d’application stratégiques, en lien direct avec les grandes missions de la BnF : l’aide au catalogage et au signalement des collections ; l’exploration des collections et l’amélioration de l’accès ; la médiation, la valorisation et l’éditorialisation des collections ; la gestion des collections, des entrées à la conservation ; l’aide à la décision et au pilotage.

Pour concrétiser cette vision, la feuille de route s’articulait autour de cinq actions clés : inscrire l’IA dans la stratégie de l’établissement ; organiser la recherche et développement (R&D) ; acquérir de nouvelles compétences ; préparer les infrastructures et les données ; mettre en place un programme pluriannuel en partenariat avec des acteurs clés.

À l’approche de son échéance, une grande partie des objectifs a été atteinte : 

  • L’IA est inscrite comme une traversée du contrat d’objectifs et de performance (COP) : « L’IA n’est pas un chantier en soi mais induit le développement d’une panoplie d’outils pouvant toucher tous les domaines d’activité de l’établissement. » 
  • Les activités IA ont été structurées au sein d’une cellule IA transversale créée en 2022, qui assure la coordination stratégique et opérationnelle des projets d’IA. 
  • De nombreuses actions de sensibilisation et de formation ont été menées. 
  • Des infrastructures ont été déployées. 
  • Un programme pluriannuel de projets a été engagé, en partenariat avec les acteurs de la recherche, du patrimoine et du secteur de l’IA.

Face à l’essor de l’IA générative, la BnF a adapté en 2023 cette feuille de route pour prendre en compte ce nouveau paradigme, qui l’oblige à penser la manière dont elle peut non seulement s’emparer de l’IA pour ses besoins propres, mais aussi contribuer à l’émergence d’un écosystème français et francophone de l’IA grâce à la valorisation de son réservoir de données dans un cadre éthique. Elle a dans ce cadre précisé sa stratégie de fourniture de données patrimoniales libres de droits à façon, notamment via des partenariats encadrés avec l’écosystème de l’IA. En parallèle, elle a contribué à la réflexion menée par le conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA) sur l’élaboration d’un modèle de rémunération pour les auteurs et éditeurs dont les données sous droits seraient utilisées légalement par les entreprises de l’IA.

 

Une structuration opérationnelle de la stratégie IA

La mission IA, mise en place pour piloter la stratégie de l’établissement en matière d’intelligence artificielle, constitue le point d’entrée central pour la coordination des projets, le dialogue avec les partenaires externes, nationaux et internationaux, et l’animation interne de la stratégie IA.

Une cellule IA a aussi été créée en 2022. Elle réunit des représentants de plusieurs directions et permet de coordonner les projets transverses, notamment l’effort d’acculturation et de formation des agents qui se matérialise en 2026 par un plan de formation sur les usages de l’IA en bibliothèque et le prompting.