Les reliures de la Réserve des Livres rares

La Bibliothèque nationale de France est riche d’une exceptionnelle collection de reliures, partagée principalement entre la Réserve des livres rares, le département des Manuscrits et la bibliothèque de l’Arsenal.

 

La collection de la Réserve des livres rares, constituée de longue date, propose un panorama très complet et particulièrement remarquable de reliures historiques et artistiques, du XVe siècle à nos jours.  Elle comprend notamment un ensemble inégalable d’œuvres françaises de la Renaissance, provenant de la bibliothèque royale de Fontainebleau mais aussi de grandes bibliothèques d’amateurs privés emblématiques comme celles de Jean Grolier ou Thomas Mahieu mais aussi, en particulier pour le domaine français, des ensembles qui représentent toutes les grandes catégories de décors, luxueux ou simplement soignés, du XVIe au XVIIIe siècle. Ce fonds historique a été régulièrement enrichi depuis le XIXe siècle par des   dons et des acquisitions, notamment concernant la période romantique et incluant les cartonnages industriels, ainsi qu’une politique active de commandes auprès de créateurs contemporains.

Les reliures historiques

Les souverains français ont toujours marqué un certain intérêt pour les reliures des livres qui les entouraient. Il était admis que celles-ci faisaient partie des signes de leur pouvoir. Cette permanence singulière n’a faibli que lors du Second Empire et s’est évanouie pour les présidents de la République.


A partir de 1545, François Ier encouragea un prestigieux et ample programme de reliures à décor initialement destinés aux manuscrits grecs réunis pour la constitution d’une bibliothèque savant pour un Collège royal toujours en projet. Le report de ce projet entraîna une destination nouvelle à ces volumes, au château de Fontainebleau nouvellement aménagé. Cet ensemble incomparable, à nouveau transféré à Paris dès la fin des années 1560, est resté quasiment intact et il se partage désormais entre le département des Manuscrits et la Réserve des livres rares. La Réserve à elle seule en conserve plus de 200, dont la série des grands décors uniques réalisés de 1552 à 1559. Henri II développait par là un projet formé vingt ans plus tôt pendant le règne de son père François Ier, également pour la bibliothèque de Fontainebleau alors naissante. Projet précurseur, mais moins spectaculaire car l’« art » de la reliure ne connaissait pas vers 1530 le même épanouissement. Il en subsiste aussi deux centaines de pièces à la Réserve. Bien qu’elles soient sans décor, c’est dans cette lignée programmée qu’il faut inscrire la masse de reliure en maroquin rouge commandée par Colbert au XVIIe siècle et poursuivie jusqu’à la Révolution.

 
En dehors des entreprises institutionnelles et massives mises en œuvre à la Bibliothèque royale au XVIe siècle, pour la librairie royale de Fontainebleau, ou à compter de la fin du XVIIe siècle pour la Bibliothèque royale institutionnelle, les souverains et souveraines, les membres de leur famille et de leurs entourages purent s’attacher à posséder des livres dans des reliures de choix et de leur choix ou, surtout, reçurent des exemplaires de présent ou de dédicace précieusement reliés. Réceptacle partiel plus ou moins légitime des bibliothèques particulières des souverains et des princes, la Réserve conserve de longs témoignages dynastiques, assurément les plus longs qui existent, de cette pratique qui fut fréquente jusqu’à Louis XV inclus, et présente, quoique moins vivace, jusqu’à Louis-Philippe.


Les reliures artistiques


Aux XIXe et XXe siècles, les reliures remarquables continuent d’affluer assez régulièrement à la Réserve. Le XIXe siècle marque cependant une rupture pour la constitution du fonds, avec des entrées qui se font, sauf exception, davantage au coup par coup. Il y a des exceptions notables, comme l’entrée de la collection de Maurice Audéoud, qui fit entrer à la Réserve le premier bel ensemble de reliures « Art nouveau » de la Bibliothèque nationale. 


Après la Seconde Guerre mondiale, des commandes et des dons permettent d’accroître la collection de reliures artistiques. Entrent dans la collection des œuvres de Rose Adler, Paul Bonet, Germaine de Coster et Hélène Dumas, Georges Cretté, Henri Creuzevault, Pierre-Lucien Martin. La reliure d’art plus récent est également représentée, avec les commandes auprès de créateurs contemporains comme Georges Leroux, Monique Mathieu, Renaud Vernier et Jean de Gonet. Cette politique de commande reste d’actualité en ce début de XXIe siècle.

 

Les reliures de la Réserve des livres rares

Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé avec figures
Les six livres de la République de J. Bodin
Astronomique discours, par Jaques Bassantin
Reliure de : Ristretto delle historie genovesi, di Paolo Interiano
Reliure de : Regole generali di architettura di Sebastiano Serlio,... sopra le cinque maniere de gli edifici...