La restauration et la numérisation d’un manuscrit prestigieux : « Horae ad usum Romanum », dites Heures de Catherine de Méd

Les Heures de Catherine de Médicis (Manuscrits, NAL 82) sont un des grands chefs-d’œuvre de l’enluminure et de l’orfèvrerie française de la Renaissance. Commencées pour François Ier vers 1530, elles ont été largement complétées pour la reine Catherine de Médicis vers 1572 par l’ajout de nombreux portraits peints qui en font un véritable album illustré de la famille royale. Ce manuscrit est décrit dans le catalogue Archives et manuscrits.

 

En l’état, le volume ne pouvait être ouvert, les fonds de cahiers étaient collés, la couture cassée au niveau des mors, et la reliure fragile. Une restauration était indispensable afin de le rendre à nouveau manipulable et pour permettre sa numérisation pour un public élargi (document numérisé).

Les émaux de la reliure pour Catherine ont d’abord été traités par une restauratrice extérieure spécialisée en amont de la restauration du corps d’ouvrage dans les ateliers du département de la Conservation.

Puis est intervenue la restauration du corps d’ouvrage. Dans un premier temps, le volume a été recouvert d’une feuille de Tyvek®, posé sur un socle construit spécialement pour la réalisation des travaux, puis le corps d’ouvrage est extrait de sa couverture. Les encarts et fonds de cahier ont été décollés par humidification, en prenant particulièrement garde aux parties encrées prises dans la colle. Finalement, les feuillets ont été remontés sur un papier japonais replié, très fin, dans le volume. Libéré de ses fonds encollés, le corps d’ouvrage a été suffisamment manipulable pour être numérisé à une ouverture de 120 degrés et à une résolution fine de 600 dpi.

Horae ad usum Romanum, dites Heures de Catherine de Médicis - XVIe siècle - BnF, département des Manuscrits

 

Dans un second temps, le livre a été préparé pour la réintégration dans sa couverture. La reliure a été consolidée au niveau des mors, et les lacunes du dos comblées. Le corps d’ouvrage libéré du serrage de la couverture a été élargi de 3 mm rendant toute insertion impossible. L’encollage du dos et la pose d’une feuille de papier japonais ont réactivé la colle ancienne et assoupli les fonds de cahier en parchemin. Ensuite un serrage minutieux, limité au niveau des mors pour ne pas exercer de pression sur les enluminures, a permis de réduire suffisamment l’épaisseur du dos pour le réinsérer dans sa reliure. La couverture a ensuite été numérisée, opération délicate du fait de la présence des émaux instables.

Dernière étape complémentaire, le conditionnement de protection a été réalisé sur la table de découpe numérique de l’atelier de conditionnement du service technique pour fabriquer une boîte sur mesure. Conçue spécialement, elle présente la particularité de protéger le livre des chocs et de la poussière sans toucher les émaux et permet en se dépliant la consultation du volume sans le sortir de la boîte.

La restauration du Nal 82 a ainsi été le fruit d’une collaboration entre une restauratrice privée spécialisée d’objets d’art et d’archéologie en céramique, verre et émail, un restaurateur de livres anciens, un photographe et un spécialiste en conditionnement atypique du département de la Conservation, sans oublier bien sûr le conservateur responsable au département des Manuscrits.

Le démontage du volume a permis, grâce au traitement combiné, la numérisation du volume, impossible à réaliser en temps normal en raison de sa faible ouvrabilité et de sa grande fragilité. Le manuscrit sera présenté, du 10 avril au 4 juillet 2022, à l’exposition L’Art de la fête à la cour des Valois, au château de Fontainebleau.

Rapport d’activité 2021 de la bnF
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