Les travaux du comité stratégique et de suivi des provenances : connaître, diffuser et valoriser nos collections étrangères

La présence de collections étrangères à la BnF correspond à une tradition humaniste, universaliste et encyclopédiste étroitement associée à l’histoire globale de la France. Cette volonté de constituer des collections exceptionnelles reflétant la pluralité des cultures et des savoirs lui crée aussi une responsabilité : celle de conserver, signaler, valoriser et diffuser un patrimoine bien commun de l’humanité.

 

Ces collections sont d’un intérêt majeur pour les communautés de chercheurs à travers le monde. Elles revêtent de surcroît une importance toute particulière pour les personnes, groupes de personnes ou territoires par lesquels et dans lesquels elles ont été produites et constituent des sources indispensables pour la construction, la connaissance et la compréhension de leur identité culturelle. La BnF mène depuis plusieurs années une politique active de partenariats avec d’autres institutions patrimoniales et de recherche à l’étranger, et développe ses collaborations scientifiques à l’international afin d’en retracer l’histoire et la provenance et en favoriser une interprétation partagée.

L’évolution des rapports au savoir et à la mémoire se traduit par une demande toujours plus grande d’accessibilité. Le numérique est un catalyseur pour répondre à cette demande, décuplant les possibilités de valorisation et de dissémination des collections, permettant de renouveler les modes de coopération et offrant une nouvelle hospitalité numérique pour les chercheurs et le grand public. Il permet l’accès à un patrimoine dispersé et éloigné de l’environnement culturel dans le cadre duquel il a été produit et pour lequel il continue à avoir une pertinence. Il est enfin l’occasion pour l’institution d’explorer son histoire et son rapport au monde et de réaffirmer un engagement universaliste séculaire.

Ce nouveau contexte intellectuel et cette nouvelle donne technologique ont incité en 2020 la BnF à réaffirmer ses ambitions d’accessibilité et de dialogue pour ces patrimoines en partage en publiant les grands principes de gestion et en rendant publiques les initiatives engagées pour leur valorisation. Les collections créées et produites hors du territoire national sont concernées au premier chef, qu’il s’agisse d’identifier leur provenance, d’interpréter leur histoire propre et celle partagée de leurs significations, ou d’en assurer la diffusion scientifique et numérique. Il faut souligner que la BnF est ainsi la seconde grande bibliothèque nationale dans le monde à publier un document de ce type, après la British Library, qui a publié en février 2018 un Cultural Property Mangement Framework.

Afin de favoriser les recherches sur les provenances, deux initiatives majeures ont été par ailleurs prises en 2020.

La première concerne l’accès aux registres d’entrées de l’institution. Ont ainsi été engagées la description, la numérisation et la mise en ligne de 1 300 registres d’entrée archivés, soit environ 300 000 pages. La campagne a démarré en septembre 2020 avec les registres du département des Manuscrits et se poursuivra en 2021 avec les registres d’entrées des départements des Estampes et de la Photographie et de la Musique pour s’achever en 2022 avec ceux de l’ensemble des autres départements. Parallèlement, un inventaire général des registres d’entrée sera proposé aux chercheurs depuis le catalogue BnF Archives et manuscrits, avec un lien vers les fichiers numériques mis à disposition dans Gallica. Cet inventaire sera également mis en ligne dans la rubrique « archives administratives de la Bibliothèque » afin d’en assurer la visibilité sur le portail national des archives (francearchives.fr) et sur le portail européen des archives (archivesportaleurop.net).

La seconde porte sur la création, en partenariat avec le musée du quai Branly - Jacques Chirac, de bourses de recherche destinées à favoriser les recherches sur l’histoire et le parcours de collections. L’appel à projets vise spécifiquement des collections extra-européennes, des collectionneurs, ou des expéditions/missions dans des contextes chrono-culturels de collecte précis (notamment, mais pas exclusivement, colonial), impliquant les collections et/ou archives du musée du quai Branly – Jacques Chirac et de la Bibliothèque nationale de France. Publié en octobre 2020, le premier appel à projets a suscité 12 candidatures. Le jury a attribué deux bourses d’un an, d’un montant de 10 000€ chacune :

  • lauréate de l’édition 2020, la chercheuse Iris Farkondeh conduira une recherche intitulée « Regards croisés de philologues et de photographes sur le Cachemire de la fin du XIXe siècle, à travers les collections réunies par Marc Aurel Stein et Alfred Foucher, indianistes, et par Isabelle Massieu, exploratrice ».
  • la seconde lauréate, Marine Vallée, post-doctorante à l’Université de la Polynésie française, travaillera sur les « Traces de collections et d’expositions : la Polynésie française dans le paysage muséal parisien ».

L’année 2020 a permis de donner accès à deux collections exceptionnelles qui témoignent de l’histoire coloniale de la France.

  • engagée en 2019, la numérisation du dépôt légal indochinois, conservé pour partie à la BnF et pour partie à la bibliothèque nationale du Vietnam, est désormais achevée et sera accessible sur le site France- Vietnam en février 2021. Ce sont ainsi 12 000 ouvrages en quốc ng, entrés dans les collections entre 1922 et 1954 à la BnF, qui sont mis à la disposition de chercheurs : traductions d’ouvrages occidentaux, vulgarisation de l’apport occidental, œuvres classiques vietnamiennes, nouvelles publications…
  • la Bibliothèque oumarienne de Ségou a été créée par Umar Tal, le père d’Ahmadu Sheku, chef de l’état musulman basé à Ségou dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Cet ensemble unique de manuscrits contient des ouvrages de théologie, de droit musulman, des ouvrages de piété, des exemplaires du Coran, ainsi que des documents importants concernant la guerre sainte menée par Umar Tal contre les Bambaras de l’état du Masina de 1852 à 1864. Emportés par le colonel Louis Archinard lors de la prise de la ville de Ségou en avril 1890, ils avaient été acheminés à Paris et stockés dans le magasin des approvisionnements coloniaux avant d’être confiés à la Bibliothèque nationale en 1892. Ils sont destinés à être accessibles à tous dans Gallica et dans la bibliothèque numérique du Réseau francophone, accompagnés d’articles de contextualisation rédigés par Laurent Héricher, chef du service des manuscrits orientaux et Mamadou Youry-Sall, chercheur-enseignant à l’Universté Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal).

Ce travail réalisé sur l’histoire et le parcours des collections consolide la position de l’institution dans un contexte international où le débat sur les circonstances liées à la circulation des biens culturels et les identités s’étend aujourd’hui au patrimoine documentaire.

Rapport d’activité 2020 de la bibliothèque nationale
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