Retour à la nature et écologie dans le roman d’aujourd’hui

À notre époque de méfiance envers les idéologies politiques, l’écologie constitue sans doute l’idéologie la plus fédératrice et les enjeux environnementaux sont au cœur des préoccupations de tous. Il est donc logique que la littérature d’aujourd’hui se saisisse des questions du retour à la nature, de l’écologie et de l’environnement.

Paysage antédiluvien. Dans Camille Flammarion ; W. F. A. Zimmermann. Le Monde avant la création de l’homme, 1886

 
Le terme même d’écologie renvoie d’une part à l’oikos, l’habitat, le patrimoine, la maisonnée, d’autre part au logos, le discours, le savoir. La littérature occupe une place à part dans ce discours : le savoir écologique peut être porté par le roman contemporain, sans pour autant le transformer en roman à thèse. L’écriture en effet permet de l’associer à des quêtes intimes et à l’invention de mondes.
Romans d’anticipation, écofictions, écothrillers, dystopies, ou romans plus classiques sont un puissant moyen d’ouvrir des perspectives, de mettre menaces et solutions en récit. L’écologie s’articule alors aux questions sociales, économiques ou démocratiques. Le roman donne à voir la condition humaine dans et avec le monde qui l’entoure. Il bouscule l’anthropocentrisme en replaçant les destins dans leur milieu. Il pose ainsi les questions des limites entre l’humain et le non-humain, du rapport des civilisations humaines au temps, à l’espace, à l’animal, à la démesure technicienne.
La critique universitaire s’empare d’ailleurs de ces questions, et plusieurs centres de recherche en écopoétique ont été créés depuis quelques années.

Le Prix du Roman d’Écologie

Depuis 2018, le Prix du Roman d’Écologie récompense un roman francophone dont l’intrigue consacre une part substantielle aux questions écologiques. La BnF y participe depuis 2019. Ce prix littéraire repose sur le pari de la diversité des écritures romanesques, à même de traduire au mieux la complexité des enjeux et le souffle de nouveaux imaginaires.

Des étudiants de l’École nationale du paysage et du master de création littéraire de l’université du Havre ainsi que des auteurs et des libraires composent le jury présidé cette année par l’écrivain Alexis Jenni, prix Goncourt 2011 pour L’Art français de la guerre.

Il a été attribué :
Les six romans en lice pour cette édition 2020 étaient :
Le prix 2020 a été remis le 24 septembre, dans le cadre de la première soirée du cycle Littérature et écologie, consacrée à un dialogue entre la romancière Alice Ferney, autrice du Règne du vivant (Ed. Actes Sud) et le plasticien Fabrice Hyber.
Pour revoir cette rencontre en vidéo :

L'écologie et la création artistique - 24 sept. 2020

L’écologie et la création artistique BnF Durée : 1 h 2 min

Cycle Littérature et écologie

La Belle verte

 
Le 25 septembre de 17h30 à 20h aura également lieu une projection-débat autour de « La Belle Verte » de Coline Serreau.
Avec La Belle Verte, Coline Serreau invite à une réflexion sur l’écologie et le féminisme sous forme de conte philosophique. Fraîchement accueilli à sa sortie en salles en 1996, le film, « en avance sur son temps », selon les mots de sa réalisatrice, a connu depuis une seconde vie. La projection sera suivie d’un dialogue entre Coline Serreau, réalisatrice du film, Sabrina Calvo, autrice de science-fiction, et Benoit Labbouz, ingénieur de recherche à AgroParisTech.

Des romans très divers

Il serait impossible de citer tous les romans qui évoquent ces questions, mais on peut tenter de dresser un panorama permettant de découvrir des romans de genres et thématiques très variés.
La transformation des territoires ruraux et des paysages par l’industrialisation, le tourisme de masse et la croissance infinie des grands centres urbains et suburbains est au centre de nombreux romans : L’aménagement du territoire d’Aurélien Bellanger, La Carte et le territoire de Michel Houellebecq, La fin des paysages de Luc Lang, La Traversée de la France à la nage de Pierre Patrolin, Somaland d’Éric Chauvier ou Comment faire disparaître la terre ?  d’Emmanuelle Pireyre.
D’autres romanciers problématisent les questions de l’épuisement des ressources naturelles, de la pollution et du réchauffement climatique induits par le consumérisme et la mondialisation, comme Guillaume Poix dans Les fils conducteurs, Xabi Molia dans Avant de disparaître,  ou Joël Baqué dans La Fonte des glaces.  Dans Le règne du vivant Alice Ferney dénonce le pillage de la mer et plaide pour la sauvegarde des océans à la suite des actions de Paul Watson qui a servi de modèle pour camper le protagoniste. La menace que fait peser l’énergie nucléaire est présente par exemple dans La centrale d’Élisabeth Filhol ou Ostwald de Thomas Flahaut.
Le thème de la condition animale et de la menace de disparition pesant sur de nombreuses espèces est également de plus en plus souvent au cœur des intrigues romanesques, de manière plus ou moins directe. On peut citer par exemple Sans l’orang-outan d’Éric Chevillard, Comme une bête de Joy Sorman,  Les Liens du sang d’ Errol Henrot, Que font les rennes après Noël ? d’Olivia Rosenthal, Mort d’un cheval dans les bras de sa mère de Jane Sautière, Le Traquet kurde de Jean Rolin ou Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo. Dans La Guérilla des animaux de Camille Brunel, un jeune vegan va jusqu’à tuer pour protéger les animaux.
Le retour à la nature est également un sujet récurrent, ouvrant la voie aux interrogations sur notre manière d’habiter le monde, à la célébration ou à l’angoisse devant les paysages sauvages : Notre vie dans les forêts de Marie Darrieussecq, Arcadie d’Emmanuelle Bayamack-Tam, qui vient de recevoir le prix du Livre Inter 2019, Taqawan du québecois Eric Plamondon, Les derniers indiens de Marie-Hélène Lafon.
D’autres romans se placent après la catastrophe, dans une nature envahissante et hostile pour Le dernier monde  de Céline Minard, en orbite dans Hors-sol de Pierre Alferi. C’est également le cas de nombreux romans de science-fiction, parmi lesquels on peut citer AquaTM de Jean-Marc Ligny ou Malboire de Camille Leboulanger.
Le roman policier n’est pas en reste sur avec des thrillers écologistes comme ceux de Patrick Nottret, (Poison vert par exemple) ou de Stéphanie Benson (Le diable en vert).Et le roman graphique s’empare aussi de ces thèmes, de manières très diverses, avec par exemple récemment Les grands espaces de Catherine Meurisse, The End de Zep ou Bug d’Enki Bilal.

Quelques études critiques

Un certain nombre d’essais critiques rendent compte de cette tendance forte de la littérature contemporaine, avec notamment Ce qui a lieu : essai d’écopoétique (2015) de Pierre Schoentjes, Littérature et environnement : pour une écocritique comparée (2012) d’Alain Suberchicot, Les écofictions : mythologies de la fin du monde (2012) de Christian Chelebourg ou Hors des décombres du monde : écologie, science-fiction et éthique du futur (2019) de Yannick Rumpala.
On peut également signaler l’école géocritique et les études de Bertrand Westphal, de La géocritique : réel, fiction, espace (2007) à La cage des méridiens : la littérature et l’art contemporain face à la globalisation (2016), des études consacrées aux nouveaux paysages urbains et suburbains de la littérature comme Zone indécise : périphéries urbaines et voyage de proximité dans la littérature contemporaine (2014) ou des ouvrages plus généraux comme Écritures de l’engagement par temps de mondialisation (2016) de Chloé Chaudet.

Des ressources en ligne

On peut enfin lire en ligne :

 

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