Rapport d'activité 2021 - Synthèse des orientations stratégiques

Une permanence du lien aux publics et des services renouvelés

La fréquentation de l’année 2021 a encore été très fortement marquée par la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19. La Bibliothèque a dû adapter les modalités d’ouverture et d’accueil à plusieurs reprises en fonction des pics épidémiques : réouverture des activités culturelles sur site en mai à l’issue des levées des restrictions ; réduction de l’amplitude horaire ; maintien de jauges réduites jusqu’à l’automne ; reprise des communications des documents conservés en magasins pour le jour même à partir d’octobre, etc. Par ailleurs, depuis l’automne 2021, les salles de lecture du site Richelieu font l’objet de fermetures échelonnées, en vue de préparer la réouverture complète du site en septembre 2022. Le 28 septembre 2021, le président de la République Emmanuel Macron s’est rendu sur le site Richelieu pour une visite de fin de chantier de la seconde phase de la rénovation du bâtiment.

Vue d’une tour du site François-Mitterrand depuis le Hall est © Guillaume Murat / BnF

La fréquentation mesurée s’établit donc, soit du fait de la limitation des horaires et des jauges, soit du fait de l’absence totale de programmation, à des niveaux très inférieurs à ceux constatés avant la pandémie. Dans les espaces de lecture, elle se situe à moins de 380 000 visites, augmentant de +12% par rapport à 2020 mais restant très en retrait des résultats habituels de fréquentation (-59% par rapport à 2019). Pour les expositions, la fréquentation générale s’établit à 140 000 visiteurs, en progression de 20% par rapport à 2020 et le début de la pandémie, mais en baisse de 50% par rapport à la moyenne de fréquentation des trois années précédentes.

En 2021, la BnF a poursuivi ses démarches de simplification des accès – continuant de recommander l’inscription et la réservation en ligne – et d’augmentation de son offre de services distants.

Les dispositifs élargis d’accès distants aux ressources électroniques mis en place en 2020 pendant le confinement ont été pérennisés pour partie en 2021.

La diffusion en ligne de la programmation des manifestations culturelles s’est accentuée. Intégralement en ligne jusqu’en mai en raison des conditions sanitaires, les manifestations se sont ensuite tenues sur place, tout en maintenant pour certaines d’entre elles, des diffusions à la fois en direct et en ligne. L’offre de manifestations en podcast, toutes plateformes confondues, s’est renforcée. Sont désormais mises en ligne toutes les manifestations pour lesquelles la présence d’images n’est pas essentielle. Plus de 73 000 téléchargements d’épisodes ont été réalisés en 2021.

Plus globalement, l’audience des sites internet et des applications de la BnF est resté à un niveau élevé avec près de 45 millions de visite (-6% par rapport à 2020 et aux périodes de confinement mais +9% par rapport à 2019). Ainsi, en 2021, la consultation de Gallica s’établit à un peu plus de 18,5 millions de visites (-2% par rapport à 2020 et +19% par rapport à 2019), RetroNews a de nouveau dépassé les 7 millions de visites et près de 5 autres millions de visites (+30% par rapport à 2019) ont été enregistrées sur les expositions virtuelles, témoignant d’un intérêt renouvelé et croissant pour cette offre culturelle, académique et pédagogique.

À la fin de l’année 2021, la BnF a rejoint le programme Services Publics + en lien avec le ministère de la Culture et la Direction interministérielle de la transformation publique, « pour des services publics plus proches, plus simples et plus efficaces ».

Des adaptations indispensables pour assurer la continuité de gestion des collections

L’année 2021 a vu se poursuivre les différents chantiers permettant d’expérimenter le dépôt légal des documents numériques. L’article 5 de la loi n° 2021-1901 « visant à améliorer l’économie du livre et à renforcer l’équité entre ses acteurs » instaure le dépôt légal des documents numériques : livres numériques, musique, vidéo, multimédia et son dématérialisés, et aussi photographies, cartes, plans et partitions numériques. Les modalités et les dispositions techniques de ce nouveau dépôt légal seront précisées par la parution d’un décret d’application visant à définir les relations entre la BnF et les déposants. Les travaux techniques préparatoires ont toutefois été engagés et avancés en 2021, sans attendre.

Pour les livres numériques, le dépôt par flux de données et de métadonnées est ainsi désormais opérationnel : la chaîne d’entrée et de traitement est mise en production, du dépôt du fichier jusqu’à sa consultation par les chercheurs dans les emprises de la BnF, en passant par le catalogage et la conservation pérenne.

La chaîne d’entrée par flux du dépôt légal du son dématérialisé (DLSD) a poursuivi sa progression. Le distributeur Idol reste le principal déposant de phonogrammes. Plus encore, en 2021, le nombre de documents sonores dématérialisés déposés au titre du dépôt légal dépasse pour la première fois celui des documents sonores physiques.

Dans le cadre du programme MISAOA (Mutualisation et innovation pour la sauvegarde et l’accès aux œuvres audiovisuelles françaises) porté par la BnF et le CNC, une première version expérimentale du portail DELIA (delia.culture.gouv.fr), guichet commun pour le dépôt légal de l’image animée, a été lancée le 30 novembre 2021. Avec la réception d’un premier film en conditions réelles, ce lancement marque une étape importante du projet, qui doit aboutir à une ouverture à l’ensemble des déposants au printemps 2022.

Plus largement, et au-delà de ces évolutions technologiques majeures sans lesquelles la poursuite du dépôt légal ne pourrait être garantie, la conservation des collections, physiques et numériques, constitue un enjeu majeur de l’établissement pour la période actuelle et future. L’année 2021 a été marquée par la poursuite des priorités définies dans la charte de conservation et le contrat d’objectifs et de performance : maintien d’une activité importante en conservation curative et préventive, perfectionnement du plan d’urgence, développement de la numérisation de la presse et des documents hors d’usage, préparation physique des documents à la numérisation, traitements pour les expositions, gestion concertée de la collection numérique. En 2021, la Bibliothèque a terminé un test d’évaluation des collections sur un de ses fonds, méthode d’évaluation statistique qui pourra être conduite sur d’autres fonds et constituer un outil de pilotage des besoins de conservation.

Mais surtout, la BnF a franchi une étape décisive dans le projet de construction d’un nouveau centre de conservation. En effet, les magasins de conservation étant dans une situation de quasi saturation, la BnF a lancé un important projet de construction d’un nouveau centre de conservation. L’établissement instruit en effet depuis plusieurs années des solutions d’extension de ses réserves à moyen et long terme. Sur la base de critères d’implantation et de gestion dynamique des collections (IGDC) construits et partagés avec l’ensemble des départements de collection, un Schéma d’implantation futur des collections (SIC) a été validé en 2021, prévoyant le maintien sur les sites parisiens des collections les plus précieuses et les plus demandées par les lecteurs et de conserver les autres collections dans un site distant des salles de lecture. Par ailleurs, la BnF a décidé de créer sur le futur site un Conservatoire national de la presse afin d’y regrouper, à terme, l’ensemble des collections de presse qui nécessitent des conditions de conservation spécifiques et qui constitueront ainsi un ensemble remarquable, unique en son genre et facilement exploitable. Dans cette perspective, a été établie en 2021 la liste des titres destinés à constituer au sein de cet ensemble une collection de référence, premier acte majeur de valorisation envisagé pour les prochaines années.

2021 aura été marquée, pour l’ensemble de cette perspective de conservation, par le choix du site d’implantation du futur pôle de conservation. En 2020, la BnF avait publié un Appel à Manifestation d’intérêt (AMI) afin de trouver la localisation la plus pertinente et reçu 72 offres portées par 54 collectivités territoriales réparties dans sept régions différentes. À l’issue d’une période d’analyse approfondie, la Bibliothèque a choisi de retenir la proposition d’Amiens Métropole, avec le soutien de la Ville d’Amiens, du département de la Somme et de la Région Hauts-de-France : ce choix a été officialisé en novembre 2021 et la convention qui liera les partenaires a été signée le 4 mars 2022.

Dans un contexte de complète redéfinition des normes internationales de catalogage, la BnF est engagée depuis plusieurs années dans un chantier d’envergure de refonte intégrale de son application de production catalographique et dont les instructions se sont poursuivies en 2021 autour du projet dit NOEMI (Nouer les Œuvres, Expressions, Manifestations et Items). 2021 a permis d’achever le cycle consacré aux développements des fonctionnalités de catalogage unitaire ainsi qu’aux écrans de recherche et d’affichage des résultats.

Enfin, plusieurs enrichissements de collections exceptionnelles ont marqué l’année avec l’entrée de trésors nationaux et œuvres essentielles - Sade, André Breton, Proust, Simone de Beauvoir, Plantu, Charles Gounod… - ou bien encore avec des dons remarquables, tels celui des Bérurier noir ou celui, par l’historien et réalisateur Christian Delage, des témoignages recueillis après les attentats de 2015. La BnF s’est vue par ailleurs confier par le ministère de la Culture la mise en œuvre d’une grande commande photographique ayant pour thème : « Radioscopie de la France : regards sur un pays traversé par la crise sanitaire », destinée à encourager la création contemporaine dans le champ du photojournalisme et de la photographie de presse. À l’issue de cette commande, la BnF intégrera ces œuvres aux collections nationales dont elle a la garde et sera chargée, au printemps 2024, de les valoriser par le biais d’une exposition rétrospective accompagnée d’un catalogue, d’opérations de valorisation en ligne et de la mise en place de partenariats avec des institutions réparties sur l’ensemble du territoire.

Des coopérations documentaires et scientifiques en essor

La BnF s’emploie à nouer un grand nombre d’actions de coopération, à l’échelle nationale et internationale, qui favorisent le partage de ses expertises, la mutualisation de ses infrastructures et la coproduction de contenus.

La coopération nationale est en premier lieu documentaire, à travers le Catalogue collectif de France, l’aide à la numérisation des fonds locaux, la constitution et la consultation des archives de l’internet, la mise à disposition d’outils mutualisés. Ainsi, l’outil collaboratif TapIR (Traitement automatisé pour la production d’instruments de recherche), développé au titre des objectifs de co-production des données bibliographiques du contrat d’objectifs et de performance, a permis, en 2021, à 79 établissements différents d’assurer la publication de 153 nouveaux inventaires et la mise à jour et l’enrichissement de près de 800 autres.

La dimension collective et coopérative de Gallica a continué de s’étendre avec désormais quatorze bibliothèques numériques Gallica marque-blanche suite aux mises en ligne en 2020 d’Yroise, la bibliothèque numérique patrimoniale de Brest, Commun Patrimoine, la bibliothèque numérique de l’établissement territorial de Plaine Commune inaugurée à l’occasion du 150e anniversaire de la Commune de Paris, Nutrisco, la bibliothèque numérique du patrimoine du Havre, la Bibliothèque numérique de la statistique publique administrée par l’Insee et enfin l’Héritage des Ponts et chaussées, la bibliothèque numérique de l’École des Ponts Paristech.

À fin 2021, Gallica diffuse près de 1,8 million documents de partenaires, identifiés dans Gallica avec des mentions de source individualisées, soit une progression de 33% par rapport à 2020.

Outil central de collaboration entre éditeurs et organismes agréés, la plateforme PLATON, qui donne accès à la lecture aux personnes en situation de handicap, connaît une activité très dynamique avec un total de 158 organismes habilités en 2021 (+23%) et près de 1 700 éditeurs inscrits (+9%).

La coopération numérique internationale s’est elle aussi encore renforcée avec le développement continu de la collection numérique « Patrimoines partagés » à laquelle contribuent 50 partenaires de 13 pays différents : fin 2021, avec l’ouverture des sites La France aux Amériques et France Vietnam, la collection est maintenant composée de six sites. Laurence Engel, présidente de la BnF, a par ailleurs été réélue pour un mandat de 3 ans à la tête du Réseau francophone numérique (RFN) qui poursuit son action en faveur de la sauvegarde des patrimoines des pays francophones.

Enfin, la BnF est impliquée dans la sauvegarde et la diffusion du patrimoine écrit. Cet engagement solidaire s’illustre par la mise en œuvre d’un projet quadriennal de sauvegarde et diffusion numérique du patrimoine irakien, grâce au soutien de la fondation ALIPH pour la protection du patrimoine en zones de conflit.

La conduite de programmes de recherche en lien avec le patrimoine dont elle a la charge est l’une des missions de la Bibliothèque. Elle prend corps dans la démarche scientifique de ses personnels, dans l’activité des chercheurs qu’elle associe à ses projets et dans les partenariats qu’elle noue avec des laboratoires, grandes écoles, universités, instituts ou bibliothèques, français et étrangers. Ces partenariats prennent la forme de conventions entre institutions – une vingtaine furent signées en 2021, dont une convention-cadre de coopération avec Sorbonne Université – et se vivent au quotidien dans la participation active à des réseaux de recherche : ainsi du Campus Richelieu, au côté de l’Institut national d’histoire de l’art et l’École nationale des chartes, ou encore des dispositifs d’excellence de la recherche française, à travers l’engagement de la BnF dans deux Écoles universitaires de recherche (EUR) et un Labex.

Au cours de l’été 2021, la BnF a par ailleurs lancé, dans le cadre de son partenariat avec la Très Grande Infrastructure de Recherche (TGIR) Huma-Num, le premier appel à projets du BnF DataLab, espace dédié à l’analyse et au traitement des collections numériques, inauguré le 18 octobre. Cette collaboration a permis la sélection de cinq projets de recherche qui sont accueillis pour une durée d’un an dans le BnF DataLab, et couvrent des sujets aussi variés que l’étude de la viralité en ligne, l’émergence de la notion d’environnement ou la mise en place d’une chaîne de traitement pour les documents anciens de Gallica.

Une gestion humaine et financière soucieuse de la continuité du fonctionnement de la Bibliothèque et du bien-être de ses personnels

En dépit de la crise sanitaire, la BnF a franchi plusieurs étapes majeures en 2021 afin de clarifier et moderniser son cadre de gestion des ressources humaines. La nouvelle politique RH de l’établissement s’est articulée autour de trois objectifs :

  • L’attractivité des parcours au sein de l’établissement et l’accompagnement des mobilités : en complément du déploiement d’une nouvelle politique indemnitaire intervenue en 2019, l’établissement s’est doté de deux documents cadres (« Les lignes directrices de gestion mobilité » et « Les lignes directrices de gestion promotion et valorisation des carrières professionnelles ») qui permettent de mieux prendre en considération la variété des métiers et les perspectives de carrières au sein de l’établissement. S’agissant plus particulièrement des contractuels, l’établissement a préparé en 2021 une nouvelle grille de rémunération largement simplifiée et revalorisée ainsi qu’un nouveau cadre définissant les règles de recrutement et de renouvellement des contractuels tenant compte des nouveaux outils de la loi de transformation de la fonction publique (contrats de projet, élargissement des primo-recrutement en CDI, notamment).
  • La promotion de la diversité et de l’égalité entre femmes et hommes : au titre des mesures en faveur de l’égalité, la BnF a décidé, en 2021, d’une mesure de compensation des écarts de rémunération constatés entre les femmes et les hommes occupant la fonction de chef de service, niveau d’emplois pour lequel les différences étaient marquées. Ce travail de rééquilibrage se poursuit en 2022. L’établissement a, parallèlement, préparé sa candidature au label diversité.
  • Une attention particulière portée à la prévention de l’inaptitude avec l’élaboration d’un plan de prévention.

Dans un contexte de stabilité des effectifs de la Bibliothèque, retrouvée depuis 2016 après une phase de diminution importante, la BnF a été amenée à affecter ses moyens pour pouvoir assumer l’ensemble de ses nouvelles missions : préparation de la réouverture complète du site Richelieu en septembre 2022 avec une offre muséale nouvelle ; lancement du dépôt légal des œuvres numériques natives devenu effectif depuis la parution de la loi Darcos en décembre 2021 ; engagement d’un chantier historique sur les collections de presse qui sont parmi les plus sollicitées par les chercheurs ; préparation de l’ouverture d’un nouveau Centre de conservation à Amiens abritant un Conservatoire national de la presse.

Parallèlement, l’établissement s’est engagé ou a poursuivi plusieurs chantiers bâtimentaires de grande ampleur au sein du site de Tolbiac. Le plus notable est la rénovation du système de sécurité incendie, dont le coût, supérieur à 30 M€ est réparti entre 2020 et 2027.

 

Rapport d’activité 2021 de la BnF
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