Quelques-unes des entrées remarquables 2021

L’année 2021 est exceptionnelle par la richesse et la variété des enrichissements, aussi bien littéraires, musicaux que picturaux, qui bénéficient à de nombreux départements de la BnF.

 

« Les 120 journées de Sodome ou l’école du libertinage » du Marquis de Sade. Manuscrit formé de 33 feuillets collés bout à bout, formant un rouleau de 12,10 mètres. - © Nicolas Gallon / Agence Contextes / BnF

 

La Commission des acquisitions de la BnF a validé, en 2021, l’acquisition (à titre onéreux ou gratuit) de vingt œuvres estimées à 50 000 euros ou plus, représentatives de la diversité des collections de la BnF. Deux Trésors nationaux exceptionnels ont par ailleurs été acquis, signant l’un des enrichissements les plus importants de ces dernières années par la BnF.

Un manuscrit de Sade à la bibliothèque de l’Arsenal

La bibliothèque de l’Arsenal, qui conserve au sein des archives de la Bastille le dossier du prisonnier Sade, a pu voir entrer dans ses collections, grâce à un mécénat exceptionnel, le manuscrit autographe, Les Cent vingt journées de Sodome, rouleau constitué de 33 feuillets collés bout à bout écrits à l’encre noire au recto et au verso, commencé par Sade le 21 octobre 1785 et fini en trente-sept jours.

Les Cent Vingt journées de Sodome ou l’école du Libertinage du marquis de Sade est un manuscrit mythique de la littérature française, une œuvre considérée comme la plus importante et la plus représentative de son auteur, mais aussi comme l’exemple le plus emblématique de la littérature de prison. Sade, âgé de 45 ans, est lourdement condamné pour une série d’affaires de mœurs. Il est alors emprisonné à la Bastille en 1785 quand il recopie au net, sans corrections, son récit sur un rouleau de papier de 12 mètres de long afin d’être facilement dissimulable dans sa cellule. Les brouillons antérieurs de ce récit, resté inachevé, sont perdus. Sade mourut en 1814 en pensant que son œuvre, pour lui la plus importante, était définitivement perdue.

Elle est aujourd’hui conservée, dans son étui original à la bibliothèque de l’Arsenal, après un parcours mouvementé. Le rouleau probablement découvert lors du pillage de la forteresse de la Bastille ou de sa démolition, dont on perd quasiment la trace au XIXe siècle jusqu’à sa première publication en Allemagne par le psychiatre Iwan Bloch, sous le pseudonyme d’Eugen Dühren, en 1904, a ensuite été racheté en 1929 par Charles de Noailles, par l’intermédiaire de Maurice Heine qui en fait une nouvelle édition tirée à 360 exemplaires à Paris en 1931-1935, base de toutes les éditions postérieures, puis a été volé, en 1982, à Nathalie de Noailles, pour être vendu à un collectionneur suisse de livres rares, avant de revenir en France, en 2014, après avoir été acquis par une société désormais en liquidation.

Le Cercle de la BnF, qui réunit depuis l’année 2 000 des bibliophiles mécènes de l’institution, s’est tout particulièrement investi. C’est ainsi qu’Emmanuel Boussard a répondu à l’appel de Jean-Claude Meyer, son Président, pour soutenir dans son intégralité l’acquisition du rouleau de Sade. Il voulait ainsi témoigner de son attachement particulier à la bibliothèque de l’Arsenal, où son grand-père a exercé la fonction de conservateur entre 1943 et 1964 et qui conserve les archives de la Bastille.

Le Manifeste du surréalisme

La Bibliothèque a pu également acquérir un ensemble capital d’écrits fondateurs du surréalisme rédigés par le poète, écrivain et essayiste André Breton (1896-1966).

Il comprend les sept cahiers d’écoliers, préparatoires à Poisson soluble, remplis au printemps 1924, de récits écrits selon plusieurs procédés, dont l’écriture automatique. Le manuscrit autographe complet constitue la version définitive de Poisson soluble, dont 32 récits des cahiers furent sélectionnés par Breton pour sa publication. Le Manifeste du surréalisme, préambule théorique dressant le bilan poétique des différentes expériences entreprises, paru avec Poisson soluble, vient compléter ces récits et marque l’acte de naissance officiel du surréalisme. Il est le seul manuscrit complet connu, ayant servi à l’impression de ce qui est sans doute le traité d’esthétique le plus célèbre du XXe siècle, publié cinq fois du vivant du poète, qui a toujours refusé de le corriger. Le Second manifeste, rédigé en 1929, augmentant le premier, lui permit de réaffirmer sa théorie par un exceptionnel texte de polémique littéraire. Cet ensemble de manuscrits emblématiques par leur qualité extrême, les éclairages qu’ils apportent sur la genèse des œuvres et leur importance fondamentale dans l’évolution de la littérature mondiale, a rejoint les collections du département des Manuscrits.

L’acquisition des manuscrits de Breton a été réalisée grâce au mécénat de La Financière de l’Ile, d’AM Conseil, de la Fondation Khôra – Institut de France, de Mercurio Spa et d’un donateur souhaitant rester anonyme.

Un florilège d’entrées remarquables

Deux autres acquisitions exceptionnelles peuvent être relevées au cours de l’année 2021.

L’important fonds Émile Zola conservé par le département des Manuscrits a été enrichi par l’acquisition du manuscrit autographe de la pièce de théâtre Germinal. Il s’agit de la toute première version de la pièce, qui fut très sévèrement mutilée à la demande des censeurs, après trois ans d’interdiction. Le texte est presque entièrement de la main de Zola, avec de nombreuses corrections et ratures. Il a rejoint à la BnF le manuscrit du roman Germinal.

Également marquante est l’entrée du fonds Charles Gounod dans les collections nationales à la fin de l’année 2021. 68 lots sur 77 ont pu être préemptés en vente publique par la BnF, permettant à ce fonds de ne pas être dispersé et d’être mis très rapidement à la disposition des chercheurs. Ce fonds qui avait été conservé dans la famille du compositeur permet d’avoir une vue panoramique de l’œuvre et de la personnalité de l’une des figures majeures de la musique française. Il est constitué de manuscrits autographes d’œuvres majeures de Gounod, comme Roméo et Juliette, de manuscrits de musiques de scène, d’inédits posthumes, d’écrits et d’une volumineuse correspondance de Gounod tant avec sa famille qu’avec ses amis peintres, musiciens, librettistes et éditeurs.

Signalons enfin d’autres entrées remarquables : des manuscrits d’auteurs majeurs ont fait leur entrée dans les collections publiques par acquisition onéreuse, don ou dation (le manuscrit des Nourritures terrestres d’André Gide, du Journal de Léon Bloy, des Mandarins de Simone de Beauvoir ; les archives de Léon Poliakov, de Michel Serres, les lettres de François Mitterrand à Anne Pingeot) ; et du côté des estampes, nous voulons notamment souligner l’entrée par don de 25 carnets de Geneviève Asse composés entre 1971 et 2009 et de 18 gravures en taille douce de Giuseppe Penone.

Rapport d’activité 2021 de la bnF
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