Rapport d'activité 2020 - Synthèse des orientations stratégiques

Une permanence du lien aux publics et une recherche de services renouvelés

La fréquentation de l’année 2020 a été très fortement marquée par la crise sanitaire due à la pandémie de la Covid-19. La Bibliothèque a dû fermer à plusieurs reprises et n’a pu rouvrir qu’avec des jauges réduites et de nouvelles modalités d’accueil en conformité aux règles de respect de distanciation. À l’inverse, l’audience des sites internet de la BnF et de ses nombreuses applications en ligne préexistantes a connu un niveau inédit, avec un accroissement exceptionnel pendant les confinements : au global, la galaxie des services en ligne de la Bibliothèque a enregistré près de 48 millions de visites (+17%).

Vue d’une tour du site François-Mitterrand depuis le Hall est © Guillaume Murat / BnF

Dès les premières contraintes de fermeture, la BnF s’est attachée à adapter les services pour ses usagers (accroissement de l’offre de ressources électroniques et extension à un plus large public, renforcement du service SINDBAD pour l’information à distance) et à valoriser intensément ses vastes collections numériques : bibliothèque numérique Gallica et expositions virtuelles, séquences pédagogiques adaptées aux activités de classe « à la maison », nouveaux modes de médiation en ligne.

Ces actions, pour certaines accélérées en raison du contexte de l’année, s’inscrivent dans la continuité de projets engagés les années précédentes. Ainsi, pour faciliter et fluidifier les visites en salles de lecture ou pour les expositions, la dématérialisation des inscriptions est devenue complète, les usagers pouvant désormais déposer leurs justificatifs sur un espace informatique sécurisé, permettant la validation de son abonnement avant sa visite. Pour les expositions et les manifestations, un outil de billetterie et de réservation a été mis en place en 2019, à l’occasion de l’exposition Tolkien, clôturée en février 2020 et ayant reçu plus de 135 000 visiteurs, niveau inédit à la BnF. Cet outil a été élargi et pérennisé en permettant la réservation pour les usagers déjà titulaires d’un Pass ou exonérés, garantissant ainsi des conditions optimales de visite dans le contexte sanitaire comme ce fut le cas pour l’exposition Josef Koudelka. Ruines à partir de septembre.

Début 2020, pour encourager la réappropriation du patrimoine par le grand public, la BnF a mis à disposition BDnF, un outil de création numérique pour réaliser des bandes dessinées, des romans-photos ou tout autre récit multimédia mêlant illustrations et textes. La cible première du projet est le public scolaire, enseignants et élèves, mais la forme choisie, celle de la bande-dessinée, favorise autant les usages pédagogiques et professionnels (auteurs) que les usages (ré)créatifs à destination d’un large public. En 2020, l’application a été téléchargée à plus de 180 000 reprises et le nombre de projets créés dépasse 360 000.

La BnF a également déployé Gallicarte, issu du projet lauréat de la première édition du Hackathon de la BnF. Un algorithme a permis de géolocaliser 180 000 cartes et images de Gallica, et Gallicarte est associé à un outil d’enrichissement participatif l’Arpenteur grâce auquel des Gallicanautes peuvent préciser, en temps réel, la position de documents mal ou non localisés. Le déploiement de Gallicarte et de l’Arpenteur s’est accompagné d’opérations collaboratives : en 2020, elles ont facilité la géolocalisation de plus de 25 000 documents.

Des adaptations indispensables pour assurer la continuité de gestion des collections

La fermeture soudaine de l’établissement a obligé les équipes à s’adapter pour continuer d’assurer les missions d’enrichissement et de conservation des collections. Par dépôt légal, la Bibliothèque reçoit en moyenne chaque jour 500 livres et 800 journaux, magazines ou revues, auxquels s’ajoutent tous les autres types de documents soumis au dépôt légal (musique imprimée, documents cartographiques et audiovisuels, etc.). Faute de pouvoir traiter ces flux dans un contexte de confinement strict, la BnF a lancé une campagne de communication afin d’informer les éditeurs de la nécessité de suspendre l’envoi de leurs publications, tandis que les équipes de la BnF sont restées en permanence mobilisées pour répondre aux questions des déposants afin d’organiser les envois en différé et assurer la nécessaire poursuite de l’accroissement des collections. Au titre des collections du dépôt légal de l’internet, les collectes ont pu se maintenir en continu. Dès le mois de février, la BnF s’est souciée de mettre à disposition des chercheurs les publications sur le web français relatives à la crise sanitaire, s’attachant à embrasser toutes les facettes de la crise, autant ses aspects médicaux et scientifiques que sociaux, économiques et politiques ou encore culturels et moraux. Elle a ainsi conduit une vaste collecte spécifique d’archivage du web pour suivre l’évolution et l’impact global de la pandémie dans le web français.

L’année 2020 a également vu se poursuivre les différents chantiers permettant d’expérimenter le dépôt légal des documents numériques. La chaîne d’entrée par flux du dépôt légal du son dématérialisé, entrée en production en décembre 2019, a permis d’enregistrer 4 460 dépôts du distributeur Idol qui est ainsi devenu en 2020 le principal déposant de phonogrammes, tous supports confondus. Le programme de mutualisation et innovation pour la sauvegarde et l’accès aux œuvres audiovisuelles françaises (MISAOA) porté conjointement par la BnF et le CNC a officiellement démarré le 1er juin 2020.

La conservation des collections, physiques et numériques, constitue une mission et un enjeu majeur de l’établissement pour la période actuelle et future. Pendant tout le confinement, plusieurs dispositifs ont assuré un suivi des conditions optimales de conservation, notamment avec l’aide de relevés de surveillance climatique consultables à distance. Pour s’assurer de la sécurité et du maintien de bonnes conditions de conservation des collections, des rondes régulières de personnels ont rapidement été mises en place sur les cinq sites de la BnF qui abritent des millions de documents.

Les magasins de conservation étant dans une situation de quasi-saturation, l’établissement instruit de plusieurs années des solutions d’extension de ses réserves à moyen et long terme. La Bibliothèque finalise un schéma global d’implantation et de gestion dynamique des collections pleinement intégré à la révision de sa stratégie immobilière. À ce titre, la BnF a publié en 2020 un Appel à manifestation d’intérêt (AMI), dont l’objectif est d’identifier un partenaire régional à même de nouer une coopération culturelle forte dans le cadre d’un projet ancré dans un territoire et de soutenir le financement de l’investissement immobilier. Ce nouveau pôle doit regrouper un conservatoire national de la presse et un centre de conservation pour ses collections. Plus d’une cinquantaine de candidatures portant sur plus de 70 sites ont été reçues au 16 octobre 2020, date de clôture de l’AMI, pour un choix de site prévu en 2021.

Dans un contexte de complète redéfinition des normes internationales de catalogage, la BnF est engagée depuis plusieurs années dans un chantier d’envergure de refonte intégrale de son application de production catalographique et dont les instructions se sont poursuivies en 2020 autour du projet dit NOEMI (Nouer les Œuvres, Expressions, Manifestations et Items).

Des coopérations documentaires et scientifiques en essor malgré la crise sanitaire

La BnF s’emploie à nouer un grand nombre d’actions de coopération, à l’échelle nationale et internationale, qui favorisent le partage de ses expertises, la mutualisation de ses infrastructures et la coproduction de contenus. Des actions permanentes de coopération culturelle ou pédagogique se déploient sur l’ensemble des territoires même si, en raison du contexte, plusieurs actions programmées en 2020 ont dû être reportées.

La coopération est en premier lieu documentaire, à travers le Catalogue collectif de France, l’aide à la numérisation des fonds locaux, la constitution et la consultation des archives de l’internet, la mise à disposition d’outils mutualisés. Ainsi, l’outil collaboratif TapIR (Traitement automatisé pour la production d’instruments de recherche), développé en 2018 au titre des objectifs de co-production des données bibliographiques du contrat d’objectifs et de performance, a permis, en 2020, à 88 établissements différents d’assurer la publication de 171 nouveaux inventaires et la mise à jour et l’enrichissement de plus 1 000 autres.

La dimension collective et coopérative de Gallica a continué de s’étendre avec désormais dix bibliothèques numériques Gallica marque-blanche suite aux mises en ligne en 2020 de Rosalis, la bibliothèque numérique de la ville de Toulouse, Pireneas, la bibliothèque numérique de Pau, du Béarn et des Pyrénées ainsi qu’un site pour la Philharmonie de Paris permettant d’accéder à des documents sous droits, accessibles en accès réservé, le dispositif de Gallica marque-blanche est désormais composé de dix bibliothèques numériques.

Outil central de collaboration entre éditeurs et organismes agréés, la plateforme PLATON, qui donne accès à la lecture aux personnes en situation de handicap, connaît une activité très dynamique avec un total de 128 organismes habilités en 2020 (107 en 2019) et 1 549 éditeurs inscrits (contre 1 392 en 2019). En 2020, 15 800 fichiers éditeurs ont été déposés sur la plateforme et le nombre de dépôts de fichiers adaptés est passé de 8 000 fin 2019 à 19 400 fin 2020. Ces fichiers sont téléchargeables et peuvent être ainsi exploités par d’autres organismes habilités.

La coopération numérique internationale s’est encore renforcée avec le développement continu de la collection numérique : Patrimoines partagés. Quatre sites ont été ouverts depuis le début du 2017 : France-Pologne, Bibliothèque d’Orient, France-Brésil et France-Chine. En 2020, le nombre de visites de ces sites a augmenté de 120%. La BnF a par ailleurs réaffirmé ses ambitions d’accessibilité et de dialogue pour ses collections étrangères, en publiant en 2020 un document exposant les grands principes de gestion de ces collections et rendant publiques les initiatives engagées pour leur valorisation.

L’engagement de la BnF pour la protection du patrimoine avait reçu en 2019 le soutien de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit (ALIPH) au projet de la BnF de sauvegarde et de diffusion du patrimoine écrit irakien. La mise en œuvre de ce projet d’une durée de 4 ans a débuté en 2020, avec la signature de conventions en Irak et en France (Institut national du Patrimoine).

La conduite de programmes de recherche en lien avec le patrimoine dont elle a la charge est l’une des missions scientifiques essentielles de la Bibliothèque. Afin de rendre plus visibles les recherches conduites par l’établissement et les expertises scientifiques de ses personnels, la BnF a publié La recherche à la BnF, document de synthèse qui résulte d’une vaste réflexion impliquant les personnels scientifiques de la BnF et les membres de son conseil scientifique. Il présente à ses publics et partenaires scientifiques, les enjeux et l’organisation de la recherche que conduisent, en propre ou en partenariat, ses personnels scientifiques.

Cette activité scientifique à dimension nationale et internationale repose sur un réseau de partenaires issus du monde de la recherche et de l’enseignement supérieur. Ainsi, en septembre 2020, la BnF a signé une convention de partenariat avec la Très Grande Infrastructure de Recherche (TGIR) Huma-Num du CNRS pour mettre en œuvre de concert le BnF Data Lab, nouvelle espace de recherche dédiée à la fouille et l’analyse automatisée de corpus numériques, qui ouvrira sur le site de François-Mitterrand au printemps 2021. L’année 2020 a aussi permis de mettre en œuvre une nouvelle modalité d’accueil et de soutien aux jeunes chercheurs désireux de travailler sur les collections de la Bibliothèque, en attribuant deux contrats postdoctoraux cofinancés avec des partenaires scientifiques de premier plan, le Collège de France et l’École Universitaire de recherche (EUR) TransLitteræ : Transferts et humanités interdisciplinaires relevant de l’École normale supérieure (Ulm).

Une gestion humaine et financière soucieuse de la continuité du fonctionnement de la Bibliothèque et du bien-être de ses personnels

Le contexte sanitaire a contraint l’établissement à aménager très rapidement les activités et la manière de travailler de l’ensemble des collaborateurs. L’activation du Plan de continuité d’activité a permis d’assurer la continuité intégrale des fonctions essentielles de l’établissement, puis le déploiement rapide d’un ensemble de missions beaucoup plus étendu ainsi que la gestion des fermetures et des réouvertures.

Dans un contexte inédit, la BnF a eu à cœur de maintenir le lien entre l’établissement et les agents : informer en temps réel, accompagner les situations de travail nouvelles, transmettre les mesures sanitaires prises par l’établissement. Elle a mis en place un dispositif de suivi et d’accompagnement des personnes susceptibles d’avoir besoin d’un soutien particulier.

Dès la mi-mars 2020, la BnF a équipé ses agents en matériel informatique selon les besoins et selon le matériel disponible. À cet effet, plusieurs commandes successives, non budgétairement programmées, ont été rapidement passées. Une réflexion sur le télétravail, prenant appui sur les résultats d’une enquête indépendante à laquelle 54% des personnels ont répondu et sur un dispositif interne de retour d’expériences, a été engagée pour surmonter la fracture ressentie, indépendamment de l’équipement informatique lui-même, entre les agents qui peuvent travailler à distance et ceux qui ne le peuvent pas en raison de leurs missions.

La BnF disposait, avant le déclenchement de la crise sanitaire, d’une chaîne budgétaire et comptable très largement dématérialisée, situation qui a été un atout considérable pour maintenir la chaîne de dépense et de recette durant la crise sanitaire. La forte mobilisation d’un nombre très important d’agents en capacité de travailler à distance et la mise en place rapide de procédures exceptionnelles en interne et avec le contrôle budgétaire et comptable ministériel, ont permis le maintien de l’activité sur les achats, la commande publique, l’exécution de la dépense, la recette et la paie des agents.

La rénovation du site Richelieu constitue l’un des chantiers majeurs du ministère de la Culture. La crise liée à la Covid-19 a eu un impact important sur l’avancée des travaux en 2020, avec une interruption complète jusqu’en mai, puis une reprise avec des quotas réduits par entreprise. En raison de ce contexte exceptionnel et malgré la poursuite de la rénovation, la réouverture a dû être décalée de plusieurs mois : le site entièrement rénové sera de nouveau pleinement accessible au public à l’été 2022 et la BnF pourra déployer le nouveau projet scientifique, culturel et pédagogique qu’elle ambitionne pour ce lieu historique.

Cette rénovation s’appuie sur des financements du mécénat dont le développement a été grandement freiné par la crise sanitaire de la Covid-19. En dépit de ce contexte économique peu favorable, la souscription publique lancée en 2020 en faveur de la rénovation du site Richelieu a connu un nouveau succès, avec les « adoptions » des bibliothèques, des villes et des colonnes de la Salle ovale et trois nouveaux mécènes, dont une fondation américaine, ont rejoint le cercle de mécènes pour Richelieu. Signe de l’attachement à l’institution et à sa vocation patrimoniale, les donateurs ont également répondu favorablement à la souscription publique pour l’acquisition d’une édition originale de Du côté de chez Swann de Marcel Proust, avec plus de 1 700 donateurs et grands donateurs permettant d’atteindre le montant espéré. Cette édition, enrichie d’une lettre-dédicace de huit pages, sera rapidement numérisée et son contenu accessible librement sur Gallica, en attendant d’être présentée au public lors de l’exposition que la Bibliothèque consacrera à Marcel Proust en 2022.

Rapport d’activité 2020 de la bibliothèque nationale
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